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Nos racines de sorcières – 2/3

NOS RACINES DE SORCIERES 

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Dans un précédent article, je vous ai parlé de la césure qui s’est opérée entre la pratique médicinale ancestrale des femmes d’un côté et la médecine académique naissante de l’autre. En effet,  l’accès aux études de médecine étant interdit aux femmes, toutes celles qui pratiquaient alors la médecine ancienne se retrouvèrent dans l’illégalité, exposées à la chasse aux sorcières.

Qui sont ces femmes qui utilisaient les « simples* » jusque-là ?

Le contexte est celui d’un peuple majoritairement paysan.

Ce peuple a le nez dans la terre et dans tout ce qui y pousse, tout ce qui y vit. Les clôtures n’existent pas encore autour des demeures, la terre est perçue comme un bien commun et ce peuple en extrait chaque jour de quoi assurer la vie et la survie. En plus des plantations, de l’élevage et du potager, leurs mains affairées ne s’arrêtent jamais de glaner, ramasser, récupérer. Les bois aux abords des hameaux et des villages sont parfaitement entretenus car la moindre brindille de bois mort est une ressource. Les écorces, les feuillages, les baies, les champignons, les racines, graines, glands, fleurs et fruits font intégralement partie de la vie domestique, que ce soit pour se nourrir, se vêtir, confectionner des ustensiles, des outils, se laver, brosser les toisons… et, bien évidemment se soigner.

Chaque femme, en tant que gardienne du foyer, est détentrice de recettes à base de « simples », transmises de famille en famille, pour prendre soin des siens.

Panier en osier rempli de baies

Elle connait les plantes qui poussent au pied de sa porte et sait en faire des remèdes de base pour soigner maux et blessures. Elle intègre quotidiennement herbes et racinages revigorants aux soupes qu’elle confectionne et au pain qu’elle cuit, qui forment l’essentiel des repas quotidiens.
Etre autonome, dans ces temps reculés, est une condition fondamentale à la survie, dans ce contexte, à peu près toutes les femmes du peuple cueillent et utilisent quotidiennement des « simples ».

Et puis il y a celle qu’on va chercher quand les remèdes domestiques ne suffisent plus.

tresse de d'aubépine

Elle, c’est la Sage-femme. Entendons-le dans le sens de l’époque, la femme Sage. Ses connaissances sont larges car, auprès d’autres femmes expérimentées elle a appris les gestes, les remèdes, les plantes et reçu tout ce que les femmes-sages se transmettent depuis des millénaires au sujet de la Vie et de la Mort. Elle a fait de l’art du soin le centre de sa vie et se déplace avec ses herbes médicinales auprès de ceux, celles, qui sont alités, leur prodiguant les soins médicinaux et les veillant autant que nécessaire. On se rend chez elle pour des conseils, lui montrer une blessure, s’assurer que le petit pousse bien, on envoie les enfants l’assister lors des périodes de cueillettes, on troque et on lui rend des services en échange de ses soins… elle fait partie intégrante de la communauté.

Elle est un pilier dans la vie des femmes qui trouvent auprès d’elle un soutient fondamental pour traverser les turpitudes, les naissances et les morts de leurs existences de mères et de femmes.

Si elle entoure l’enfantement de tous ses soins, qu’elle soutient de ses potions celle qui n’arrive pas à concevoir, elle instruit aussi du fonctionnement de son corps celle qui veut limiter ses grossesses, fournit des plantes anticonceptionnelles, et dans certains cas, pratique l’avortement.

La plupart de toutes ces femmes –ainsi que ces hommes du peuple- sont illettrées.

Elles ne lisent donc ni la bible ni aucun livre, mais vivent en bonne entente avec les saints, les symboles et les images qui ornent les églises. Elles ont intégré le christianisme à leur vie quotidienne de façon simple, trouvant une multitude d’analogies parlantes avec le fond encore très païen de leurs visions pragmatiques de la vie.
Aussi durant tous les siècles précédents, ce n’est pas contre ces paysannes occupées à survivre que l’Eglise eût matière à affrontement. Elle avait jusque-là bien d‘autres chats à fouetter…
Mais l’Ordre des médecins, fraîchement établit, va lui fournir des arguments pour braquer la grande Inquisition sur ces petites femmes soignantes.

Pour l’Ordre des médecins, rejoint par l’ordre inquisiteur de l’Eglise*, ces femmes sont ennemies

Chat à la fenêtre
La Fontaine de Beleveau
Rayon de soleil dans un jardin qui éclaire une spirale au sol

Elles portent atteinte à leur autorité, car le peuple à bien plus confiance en elles qu’en tout autre. Casser leur pouvoir ancestral se fera alors de deux manières, premièrement en les éliminant de leur tissu social, deuxièmement en anéantissant leur crédibilité auprès du peuple. Ad Vitam Aeternam.

On rédigea un manuel de l’inquisiteur, le Malleus Maleficarium*, qui allait, durant plusieurs siècles, servir ce vaste projet. L’argument de choc, qui vise dans un premier temps à les soustraire au monde, figure dès la première page, dès la première ligne, le voici :

« Nul n’a fait plus de tort à la foi catholique que les Sages-femmes : elles calment les douleurs de l’accouchement alors que celles-ci sont une punition de Dieu pour le pêcher d’Eve ; elles vont à l’encontre de la volonté divine en pratiquant le contrôle des naissances et l’avortement. »
La suite du manuel soumet la femme à toute une série de questions, entrecoupées de séries de tortures, visant à établir sa relation avec le diable et son statut de sorcière. Les réponses étant elles aussi déjà écrites, l’issue du procès ne fait aucun doute.

La terreur et la manipulation engendrant son lot de délation, de nombreuses personnes, y compris des enfants, périrent en même temps qu’elles, sur les bûchers.*

L’autre nom pour Malleus Maleficarium est le marteau des sorcières. J’aime bien en retourner le sens, et dire que c’est le marteau avec lequel on a fait entrer l’idée de la sorcière dans la tête des gens !

Il faut dire que c’était une idée de génie, qui a très bien fonctionnée ! Dans un prochain article je vous parlerai des éléments de la pratique ancestrale des femmes qui ont été détournés pour créer le personnage de la vilaine sorcière.

On peut imaginer combien le traumatisme fût puissant.
En quelques générations de tortures, de terreur et de bûchers, ces transmissions féminines vieilles de plusieurs milliers d’années furent déracinées du quotidien.
On y a tous beaucoup perdu.

Les femmes, en première ligne, y ont perdu ce quelque chose d’indicible, de si fondamental, que je nommerai leur souveraineté, à défaut d’un terme plus juste. J’entends par là, la souveraineté sur leurs organes génitaux, la souveraineté sur leur ventre, sur leur sexualité. La souveraineté non pas sur autrui mais sur soi-même.

Sans ce sentiment naturel de souveraineté, au centre de soi, nous devenons dépendantes. Affectivement, socialement et spirituellement dépendantes. Alors – et j’en reviens au point de départ du premier article – nous attendons qu’on nous donne la permission. La permission d’utiliser les plantes médicinales, la permission de se soigner soi-même, la permission d’enseigner, la permission d’enfanter à quatre pattes, la permission d’accoucher chez soi, la permission de crier, la permission de gérer soi-même sa contraception, la permission d’avorter, la permission de dire oui, la permission de dire non. Nous attendons d’avoir un diplôme, d’avoir une validation extérieure, d’avoir l’assentiment de nos pairs, de notre mari, de nos parents, du juge, du prêtre, du gourou, du maitre spirituel, du prof, du médecin.

Mais tout au fond de nous nous le savons, la seule permission dont on ait besoin, en vrai, c’est la nôtre. Et sa source se trouve toujours au même endroit, malgré l’oubli. Dans notre ventre !

Marie

Références

*(1) Les simples ou simples médecines, était le nom donné durant le Moyen-Age aux plantes médicinales.

*(2) En réalité le Vatican a assez rapidement émis des doutes sur le bien-fondé de la chasse aux sorcières. Ce sont les inquisiteurs eux-mêmes qui en ont pris l’initiative et l’ont menée à bien.

*(3) Le Malleus Maleficarium a été rédigé et édité en 1486, par deux dominicains allemands (Henrich Kramer et Jacob Sprenger).
Mis à l’index assez rapidement par l’église catholique. Néanmoins son succès fût grand auprès des catholiques et des protestants qui menaient la chasse aux sorcières, il fût largement utilisé par les inquisiteurs et maintes fois réédité.

*(4) la plupart mourraient durant les séances de tortures. Certaines moururent en prison, souvent empoisonnées. D’autres devinrent errantes, tous leurs biens confisqués, bannies de leurs villages. Nombreuses furent brûlées vives. (Les chiffres varient selon les sources, on estime à plusieurs milliers, sur environ 4 siècles)
Il est important de comprendre que la chasse aux sorcières a été lucrative, qu’elle a générée une économie, comme une entreprise.

Lectures conseillées

Sorcières, Sages-femmes & infirmières. Barbara Ehrenreich, Deidre English, éditions Cambourakis.
Femmes qui courent avec les loups. Clarissa Pinkola Estes.
Devenez amie avec votre ventre. Lisa Sarasohn. Editions Le courrier du livre.
Rêver L’obscur, Femmes, magie et politique. Starhawk. Editions Cambourakis.
La femme Shakti. Vicki Noble. Editions Véga.
Le trèfle de vie. Susun S Weed. Editions Mamamélis.
Une sorcière des temps moderne. Rina Nissim. Editions Mamamélis.
Les secrets de la sexualité féminine. Maitrayi D. Piontek. Editions Le courrier du livre.

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Marie Pénélope Péres

Author Marie Pénélope Péres

A dix-sept ans, un bac littéraire-artistique en poche, j’arrive à Paris pour suivre des études d’Arts-Plastiques. L’approche de l’art y est trop conceptuelle, je quitte la fac. Je choisi de me confronter de plein fouet à « l’école de la vie ». Je rencontre un groupe d’artistes de rue, pluridisciplinaire et multi-culturel, avec qui je partage les hauts et les bas de la vie quotidienne et artistique. La vie est dure, mais ces gens-là sont plein d’humanité, et la richesse de la mixité culturelle me nourrit. Cette période se termine par deux voyages en Amérique latine qui me font l’effet d’une gigantesque "claque" et marquent un tournant décisif dans ma vie. J’ai pris conscience de ce que j’avais toujours ressenti sans pouvoir le nommer : l’absence totale de sens à ma vie de femme. Commence alors une quête passionnée et passionnante, dont le fil conducteur sera de toujours questionner la singularité du corps et du vécu féminin. Lire la suite : http://mariepenelopeperes.blogspot.fr

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