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July 2026

Trois cartes du Tarot du jardin intérieur tenues en éventail par une main : l'Étoile, le Pendu et le Diable, aux couleurs vibrantes.

Tarot de Marseille & Journal créatif : Le Tarot du jardin intérieur 

By Non classé No Comments

Comment une carte de tarot de Marseille tirée un soir au Chili a fini par devenir, des décennies plus tard, un tarot que j’ai co-créé avec l’illustratrice Lola Love Good. Voici l’histoire du Tarot du jardin intérieur — et de tout ce qui l’a précédé.

Une carte tirée au Chili : ma première rencontre avec le Tarot de Marseille

J’avais dix-neuf ans. Une nuit, un café enfumé et bondé, quelque part dans un quartier de Valparaiso, au Chili. Une femme que je viens de rencontrer et qui deviendra par la suite une grande amie, Soledad, qui étale un jeu de cartes devant moi et me propose un “tirage”.

Ma main glisse sur les cartes et en sort une. Je la retourne et la découvre : elle porte le numéro 17 et en bas est inscrit l’Étoile. Les couleurs sont très douces et au centre il y a une femme immergée jusqu’à la poitrine, sous un ciel étoilé, le visage offert au monde, en paix. J’entends presque les sons qui se dégagent de l’écrin de nature où elle se baigne. La communion de cet instant. Je me souviens de l’avoir regardée longtemps, sans comprendre ce qui se jouait. Ce n’était pas uniquement de la fascination visuelle — il y avait ce trouble particulier qu’on ressent devant quelque chose qui nous concerne profondément, sans savoir encore pourquoi.

À ce moment-là j’ignore tout du tarot et de son existence, jusqu’à cette nuit-là, où il est entré dans ma vie.

Alejandro Jodorowsky et le tarot de Marseille


De retour à Paris quelques mois plus tard, le “hasard” des rencontres-qui-font-faire-des-rencontres m’amène un mercredi soir de septembre dans un Dojo, du côté de Nation. Là, assise par terre avec d’autres, j’écoute un homme aux cheveux gris qui s’exprime avec un fort accent et plein de gestes, debout, au centre. Un vrai spectacle à lui tout seul ! Je n’ai pas compris grand chose à dire vrai, mais j’ai ressenti, à nouveau, ce sentiment particulier, qui m’indiquait que j’avais quelque chose à faire ici, même si je ne savais pas encore pourquoi exactement.

C’est de cette façon-là qu’a commencé un cycle de 4 ans, où chaque mercredi soir je me rendais dans ce Dojo suivre l’enseignement d’Alejandro Jodorowsky. C’était ce qu’il appelait son “cabaret mystique” ! Et, oui, ça résume assez bien l’extravagance de ces soirées, apparence derrière laquelle se tenait une transmission d’expérience d’une richesse rare. C’est le plus grand artiste performeur que j’ai pu côtoyer. Incroyable improvisateur, mais aussi érudit surprenant. Je l’ai vu crée in situ, là, avec nous, en total live, des passages qu’on retrouvera plus tard dans ses livres, ses films et ses BD !
C’est aussi là, avec lui, que chaque mercredi soirs je plongeais dans l’univers mystérieux du Tarot de Marseille.


Jodo n’apprenait pas le tarot, il n’écrivait pas de livres sur le tarot. Il vivait le Tarot et le Tarot l’habitait. Bien sûr il était une mine d’érudition, sur l’histoire, l’inconscient, les symboles, les traditions ésotériques, les courants philosophiques, la psychologie humaniste, l’Art… mais tout était vivant en lui, jamais cérébral. Il abordait tout par le prisme de sa créativité. Une créativité débordante, qui nous laissait tous bouche bée !

C’est aussi durant ces années (donc on parle des années 90) qu’il a entrepris un inimaginable travail de fouille dans les archives en France et en Europe, à la recherche des origines du tarot de Marseille. Ce travail colossal il l’a mené avec Philippe Camoin, héritier direct de la maison Camoin, imprimeur historique des jeux de cartes à Marseille. Ils ont abouti à l’impression d’un tarot “restauré”, avec pas mal de corrections d’erreurs accumulées au fil des siècles par l’industrialisation des procédés d’impression et retrouvé les couleurs symboliques d’origine, lorsque le tarot était peint à la main.

L’intérêt du tarot c’est en effet qu’il illustre l’évolution continuelle d’un être humain, grâce à ses symboles universels et aux personnages archétypes qui représentent nos forces et ressources intérieures. On raconte que ces cartes ont servi au cours du temps à transmettre une connaissance intérieure, “initiatique” – souvent réservée à l’élite – d’une façon détournée. Un peu dans l’esprit de l’éducation populaire, mais bien avant que ce concept existe !

À ce moment de ma vie de jeune adulte j’avais une soif de comprendre et de “réparer” certaines blessures. Je me sentais souvent coupée de moi, à côté de mes pompes. Alors, en parallèle, j’ai entamé un long processus en psychothérapie et suivi des formations sur l’interprétation des rêves selon Jung. Apports denses, riches, et exigeants, mais, malgré tout ce bagage, je n’arrivais pas à faire du tarot une ressource dans mon quotidien. Il restait intéressant — comme peut l’être un texte savant qu’on referme après l’avoir lu. Il stimulait ma tête. Mais il ne se passait pas grand chose dans mon corps.

Alors je l’ai mis de côté, pendant plusieurs années.

Le retour au tarot par le journal créatif


Y revenir, par un autre chemin

Le retour ne s’est pas fait par plus d’étude. Mais par la voie de l’imaginaire. J’ai découvert le journal créatif d’Anne-Marie Jobin, que j’ai pratiqué en autodidacte pendant 10 ans, puis j’ai suivi sa formation certifiante — et c’est là qu’un déclic s’est produit.
Ce que je vis dans mon journal c’est que chaque page blanche est une porte que je peux emprunter pour plonger en moi, recontacter ma liberté d’être et régénérer mon rapport au monde. C’est en faisant se rencontrer les trois langages que cette magie opère : l’écriture, le dessin, le collage. Alors j’ai commencé à me servir d’une carte du Tarot pour entrer dans une page, déclencher un collage, écrire, dialoguer avec la carte, dessiner, imaginer… j’ai laissé l’intuition spontanée et la créativité de l’instant guider mes explorations, et tout mon rapport au tarot à changé, quelque chose s’est ouvert, le dialogue avec la carte est devenu vivant, utile, en lien avec ma vraie vie, une porte vers moi-même.

Lola Love Good, l’illustratrice du Tarot du jardin intérieur

C’est émouvant de remonter le fil de notre projet, d’observer les étapes, qui, dans l’invisible préfiguraient la création à deux mains de notre futur tarot de Marseille, comme nouvelle porte de notre Jardin intérieur

Lola, en plein dessin d’une “Nenette”, pour nos “cartes du corps” lors d’un stage d’immersion à Toulouse

Lola, je la connais depuis que nous étions voisines dans un hameau en Charente. Elle, enceinte de Myrtille, sa première fille. Moi, retranchée à la campagne avec Ambre et Joshua, mes deux grands, ados à ce moment. Nous partagions des sensibilités communes — l’écologie, l’alternatif, la créativité, l’humain — sans savoir encore ce que ça donnerait.

Puis Rites de Femmes a pris son virage numérique, et Lola est devenue la graphiste de tout ce que je créais : les fiches d’anatomie, les plantes médicinales, puis ses fameuses petites “nénettes”, devenues un peu la signature visuelle de mon univers. Elle a aussi vécu mes stages d’immersion à Toulouse — elle n’a pas seulement illustré le travail corporel que je propose, elle s’y est engagée, dans son propre corps à elle.

Un soir, de passage en Charente pour voir ma famille, je suis allée dîner chez elle. Elle venait d’emménager dans une nouvelle maison, au bord de la Touvre. Ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas vues en chair et en os, alors on s’est raconté nos vies, sans compter les heures. Dehors, la nuit était étoilée. On entendait le chant de l’eau toute proche, les sons de la nuit.

C’est là, dans ce petit monde à elle, plein de sa créativité, qu’elle m’a montré une carte de tarot qu’elle avait illustrée.

Le coup de foudre a été immédiat. Comme si le tarot m’ouvrait tout grand ses bras, m’invitant dans son monde plein de sons, de couleurs, de gestes et de mystères. Sa patte — vivante, joyeuse, pleine d’énergie — incarnait précisément cette liberté nouvelle que j’explorais depuis des années avec le tarot : une immersion dans la carte comme dans un corps vivant, plutôt qu’une réflexion sur elle.

Créer un tarot illustré à deux mains

Et de cette nuit-là est né un projet. Un tarot de 22 arcanes majeurs, pensé comme une extension directe de la démarche qui nous a conduites, Lola et moi, à co-créer le livret du Jardin intérieur l’année passée.

Chaque carte devient une porte d’entrée vers soi, par la voie de l’ici-et-maintenant, qui fait de l’espace à notre créativité intuitive et spontanée. Je ne suis pas du tout dans une démarche prédictive, ni dans un usage arbitraire de la symbolique. La carte et sa force archétypale deviennent un miroir qui révèle. J’y fais dialoguer trois langages entre eux et avec la carte : l’écriture spontanée, le dessin intuitif, le collage. Aucun des trois seul n’ouvre un dialogue intérieur aussi riche que les trois ensemble.


Fidélité au tarot de Marseille, liberté de l’illustration

La tension qui guide chaque carte

Avec Lola, on discute beaucoup — et on va continuer à discuter, carte après carte — de l’équilibre à trouver entre sa liberté d’artiste et la charge archétypale que chaque lame doit continuer à porter. Notre intention commune, c’est que ces cartes respirent la beauté, l’énergie, la joie, la chaleur du vivant, la poésie. Mais on ne veut surtout pas édulcorer, lisser les archétypes, leur faire perdre leur force.

Alors on a trouvé notre équilibre : une grande liberté du côté de la colorimétrie, et une fidélité assez stricte à l’ambiance classique, presque médiévale, du dessin traditionnel — la posture des personnages, le style vestimentaire, la gestuelle, le décor.

Là où je reste très vigilante, c’est sur les détails symboliques. En ce moment, Lola travaille l’Impératrice, la carte trois. Je sais déjà que je vais lui demander d’ajuster la position du sceptre : il doit se tenir au niveau du bas-ventre, pas simplement près du bassin, parce que l’Impératrice porte en elle un alignement précis entre trois centres — le ventre et la zone du sexe, le cœur, la tête. Sa couronne dessine déjà la tête. Il reste à faire résonner le ventre et le cœur avec la même justesse.

Je travaille aussi, carte après carte, l’orientation du regard : des yeux fermés ou détournés pour les cartes réceptives, un regard direct et frontal pour les cartes actives. C’est une façon de faire circuler l’énergie sans un mot de texte.

C’est cette attention-là, carte après carte, qui façonne Le Tarot du jardin intérieur et son livret.

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tresse de d'aubépine

Nos racines de sorcières : de l’herboristerie empirique à la reconquête de notre souveraineté

By Blog No Comments

Je suis partisane d’une réappropriation de l’usage des plantes médicinales en mode sorcière ! Dans cette démarche, l’apprentissage ne passe pas par des manuels austères, mais par le faire ensemble, l’oralité et l’usage dans la vie quotidienne.

Tout en cueillant, en fabriquant et en essayant des remèdes pour solutionner les maux du quotidien, nous nous exposons à de vraies réflexions sur ces plantes que nous avons entre les mains. À travers l’expérimentation, nous apprenons à tenir compte de notre corps, des signaux qu’il émet, de son langage. Nous aiguisons notre capacité à observer et à ressentir.

C’est une démarche d’investigation qui prend sa source dans l’expérience et le sensible. La théorie vient après, si elle est nécessaire. À mon sens, c’est la base de la démarche scientifique ! Cette façon de faire, empirique, a fait totalement partie de la vie des femmes pendant des millénaires.

Qui étaient ces femmes qui prenaient soin des autres ? Et comment avons-nous perdu ce fil ?

Le temps des “simples” et des femmes de savoir

Le contexte de l’époque est celui d’un peuple majoritairement paysan, dont les mains affairées ne s’arrêtent jamais de glaner, ramasser, récupérer. Les écorces, les feuillages, les baies, les champignons, les racines et les fleurs font intégralement partie de la vie domestique pour se nourrir, se vêtir et, bien évidemment, se soigner. Chaque femme, en tant que gardienne du foyer, est détentrice de recettes à base de « simples » (le nom donné alors aux plantes médicinales), transmises de famille en famille. Être autonome est une condition de survie.

Et puis il y a celle qu’on va chercher quand les remèdes domestiques ne suffisent plus : la Sage-femme. Entendons-le dans le sens de l’époque, la femme Sage.

Ses connaissances sont vastes. Elle a fait de l’art du soin le centre de sa vie et se déplace avec ses herbes auprès de celles et ceux qui en ont besoin. Elle entoure l’enfantement de ses soins, fournit des plantes pour réguler les naissances et, dans certains cas, pratique l’avortement. Elle est un pilier absolu dans la vie des femmes.

La rupture : quand la médecine académique s’est construite sur notre silence

Ce mode de vie s’est brisé à la Renaissance, au moment où ont été fondées les premières universités de médecine, réservées exclusivement aux hommes.

Un gouffre s’est ouvert entre la pratique médicinale des femmes et la médecine académique. L’Ordre des médecins, fraîchement établi, vit d’un fort mauvais oeil ces paysannes dont le peuple loue l’efficacité. Pour casser ce pouvoir ancestral, on rédige un manuel d’inquisition : le Malleus Maleficarium (le « marteau des sorcières ») en 1486.

L’argument de choc, figurant dès la première page, vise à les éliminer :

« Nul n’a fait plus de tort à la foi catholique que les Sages-femmes : elles calment les douleurs de l’accouchement alors que celles-ci sont une punition de Dieu pour le péché d’Ève ; elles vont à l’encontre de la volonté divine en pratiquant le contrôle des naissances et l’avortement. »

En quelques générations de tortures, de terreur et de bûchers, ces transmissions féminines vieilles de plusieurs millénaires ont été violemment déracinées du quotidien. Les universitaires et les médecins en ont compilé les bases dans des livres écrits par eux, s’appropriant les recettes des femmes sans jamais mentionner leurs sources.

Ce gouffre ouvert il y a plusieurs siècles ne s’est pas tout à fait refermé. Encore aujourd’hui, la médecine académique continue parfois d’intimider les corps des femmes — et ce n’est pas un hasard si c’est particulièrement en gynécologie et en obstétrique que l’on constate encore tant de gestes médicaux intrusifs ou de déni.

La perte de notre souveraineté intérieure

Les femmes, en première ligne de ce traumatisme historique, y ont perdu ce que je nommerai leur souveraineté.

J’entends par là la souveraineté sur leurs organes génitaux, sur leur ventre, sur leur sexualité. La souveraineté non pas sur autrui, mais sur soi-même.

Sans ce sentiment naturel de souveraineté au centre de soi, nous devenons dépendantes. Affectivement, socialement et spirituellement dépendantes. Alors, nous attendons qu’on nous donne la permission :

  • La permission d’utiliser les plantes,
  • La permission de se soigner,
  • La permission d’accoucher ou d’avorter,
  • La permission de dire oui, ou de dire non.

Nous attendons un diplôme, l’assentiment de nos pairs, du mari, du médecin ou du sachant.

Mais tout au fond de nous, nous le savons : la seule permission dont on ait besoin, en vrai, c’est la nôtre. Et sa source se trouve toujours au même endroit, malgré l’oubli. Dans notre ventre.

Réinvestir son territoire intérieur avec LA MAISON

C’est précisément pour recréer cet espace d’autonomie, relier nos connaissances intimes et sortir des injonctions extérieures que j’ai imaginé LA MAISON Rites de Femmes.

Un espace ressource, vivant et sensible, pour renouer avec l’écoute de soi, comprendre son corps de l’intérieur et réhabiter sa souveraineté, pas à pas.

(Pour aller plus loin sur l’histoire de ces femmes soignantes, je ne saurais trop vous conseiller la lecture indispensable de “Sorcières, sages-femmes et infirmières : une histoire des femmes soignantes” de Barbara Ehrenreich et Deirdre English aux Éditions Cambourakis).