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Marion Valadier

Les danses de la contraception

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Les danses de la contraception

Ou comment j'ai repris le contrôle sur le cauchemar que je vivais

Mais de quoi s’agit-il exactement ?

La méthode des danses contraceptives a été mise au point par Aviva Steiner et aurait été reconnue l’OMS comme une série de mouvements permettant à la femme de déclencher ses règles selon sa volonté.

La petite histoire raconte que dans l’un de ses cours de gymnastique pour femmes de 45 à 70 ans, elle aurait demandé à la classe de faire une certaine série de mouvements qui aurait déclenché les règles de la plupart de ses élèves pourtant déjà ménopausées !

Ces danses sont enseignées et utilisées non seulement pour provoquer les règles mais aussi (sous d’autres modalités) pour augmenter la fertilité et soigner de nombreux maux gynécologiques.

Pourquoi cette méthode est si peu connue ?

Malheureusement avec l’arrivée de la pilule, qui a été à une époque un véritable Graal, cette méthode est retombée dans l’ombre. Aujourd’hui nous sommes nombreuses à remettre en cause la pilule et à vouloir reprendre le contrôle de notre corps sans chercher à renier notre biologie.

Le déroulé de la séance telle que je l’ai vécue

E. a commencé par me faire faire une séance de Yoga de 20 minutes ciblée sur l’ancrage à la terre, à mon propre corps.

C’était doux, lent, solide, apaisant. 

Puis E. m’a expliqué les mouvements : balancements du bassin en rythme avec la respiration, les bras, les pieds. Mouvements à faire pendant 20 (très longues) minutes.

L’énergie est montée rapidement. Sol, pieds, sacrum, bassin. Mon souffle m’accompagnait, de plus en plus fort. Il résonnait et prolongeait les mouvements de contraction et de détente du bassin.

Mes cuisses brûlaient et pourtant je suis sportive. 7 minutes ont passée, E. m’a fait signe de m’arrêter une minute pour souffler mais sans me redresser, les jambes en flexion. J’ai repris, mes tempes vibraient, des gouttes de sueur coulaient.

Je fermais les yeux, je me concentrais sur le bébé. Je lui parlais, je lui indiquais le chemin, le mouvement vers le bas. Avec amour.

Puis le rythme s’est arrêté à nouveau une minute avant d’attaquer la dernière série. Cet effort intense a été suivi par une relaxation de 20 minutes. Un temps de repli sur soi, pour sentir les ondes se répandre dans le corps, les derniers tremblements des muscles. Emmitouflée sous une couverture, une bouillotte contre le ventre pour garder ou provoquer un maximum de chaleur, j’ai bu une infusion amère pour aider la venue des règles.

Des saignements ont commencés dès les premiers pas et ont duré les 3 jours de pratique.

Reprendre les rênes

J’ai vécu la survenue de la grossesse avec l’impression de perdre le contrôle de tout : de mon corps, de ma vie. Malgré les danses j’ai avorté par voie médicamenteuse (lire le récit de mon avortement) mais à partir du moment où je les ai commencées le cauchemar a pris fin. Je suis redevenue souveraine de mon corps et de ma vie.

La puissance de la danse

La danse contraceptive est difficile de par son rythme soutenu. Les répercussions se font sentir sur le souffle, le bassin, des tremblements de différentes parties de notre corps peuvent survenir. À travers cet effort physique demandé, cette danse m’a permis de contacter une puissance qui a émergé des profondeurs de mon être.

Pris dans le rythme, mon mental a lâché et mon corps a pris la relève. Il s’est mis en conscience pour s’abandonner aux mouvements.

Post-avortement

J’ai eu à nouveau recours plus tard à la danse. Je ne saurais jamais si c’était justifié, mes règles sont venues à chaque fois dans la foulée. Mais il est important de prendre note que ce n’est pas évident de trouver un endroit où la faire en intimité.

Il me semble nécessaire d’avoir un endroit caché, comme une tanière, pour être libre de faire du bruit et de laisser sortir cette force.

Je me suis rendue compte que parfois des mouvements de la danse se manifestent instinctivement lorsque que je fais des mouvements corporels libres. Lorsque cela arrive et que je suis en période fertile cela m’inquiète et je les bloque car je ne souhaite pas encore devenir mère. Mais je trouve cela très intéressant, cette mémoire du corps, cette connaissance du corps. Il faudrait que je prenne le temps de m’y pencher plus.

Un conseil

Depuis que j’ai écris l’article où je raconte mon avortement (lien), je reçois régulièrement des emails ou des appels de femmes, enceintes, qui souhaitent avorter. C’est terrible car je n’ai que deux contacts à leur donner, l’un à Toulouse et l’autre en Charente, et surtout parce qu’en général il est trop tard à ce moment-là pour apprendre ces danses. Je me sens impuissante, je ne sais pas comment les aider.

Il faut apprendre les danses de la contraception en amont, “avant qu’il ne soit trop tard”.

Si vous hésitez, foncez car c’est aujourd’hui quand vous n’en avez pas besoin qu’il faut les découvrir. Ces danses peuvent aussi aider la fertilité (femmes et hommes) ou soulager divers maux gynécologiques ( cycles irréguliers et / ou périodes douloureuses, incontinence, ménopause, ovaires polykystiques (SOPK), kystes dans le système génital féminin,…).

De mon côté, pour mieux répondre à ces appels à l’aide et accompagner mes sœurs au Brésil, j’ai décidé de participer au stage intensif de Marie Pénélope Péres (spécifiquement axé vers l’avortement, avec sa propre transmission de points abortifs/ points relaxants / plantes emménagogues) cet été afin de pouvoir à mon tour les transmettre. Si je vends une des formations de Marie, je n’ai aucune “action” dans celle-ci et pour une fois je vais aller découvrir un de ses stages sans caméra !

J’offre le mot de la fin à Marie :

“Faire venir soi-même ses règles en bougeant son corps est une expérience indescriptible ! Je ne saurai vous la raconter par des mots écrits. Ce que je peux vous dire, c’est qu’en faire l’expérience a été un total bouleversement. Dépassant ma personne, mon histoire personnelle. Un séisme remuant jusqu’à la part du collectif en moi. Des tremblements faisant se briser de vieilles grosses chaînes, de celles qui ont si bien entravé la vie quotidienne des femmes de nos lignées…”

“Car en fait, NON, notre corps ne nous veut pas esclaves ni dépendantes ! Et OUI, Notre corps peut être notre intime allié, jusque dans ce domaine !”

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Mes infections urinaires et moi

By | témoignage | No Comments

Mes infections urinaires et moi

Ou une histoire d'amours et de douleurs

Mes amours

Peu de temps après avoir engagé ce que je considère comme ma première vraie histoire d’amour (j’avais 18 ans) j’ai commencé à avoir des infections urinaires. La première, je m’en souviendrais toujours. Juste après avoir fait l’amour, je me suis précipitée aux toilettes et là l’horreur j’avais terriblement mal et je saignais !

Toute la nuit je suis retournée aux toilettes, toutes les demi-heures ne libérant que quelques gouttes d’urine et de sang.

J’étais fiévreuse, c’était horrible, j’ai cru que je faisais une hémorragie interne (quelle panique !). Du docteur consulté le lendemain, je ne me souviens que de cette drôle de question :

Avez-vous consommé beaucoup de chocolats ou de champignons dernièrement ?

J’ai appris à ce moment-là qu’il fallait boire beaucoup d’eau.

J’ai continué à faire une infection par mois à peu près, jusqu’à ce que ma mère me donne des gélules de canneberge. C’était en 2006, j’ai vite renoncé à prendre toute la plaquette qui coûtait cher au vu de mon budget d’étudiante, me contentant de prendre une gélule après chaque rapport. Les infections se sont petit à petit arrêtées, nous sommes restés ensemble trois belles années. J’ai ensuite connu d’autres amours, petits ou longs.

Après 6 années de répit, juste après la rupture de ma seconde très belle histoire d’amour (idem trois années de vie commune), j’ai refait une infection urinaire.

J’ai essayé de boire beaucoup d’eau mais j’étais en déplacement ce qui n’est pas évident. À l’étranger pour le week-end, je ne suis pas non plus allée voir un docteur. Je m’en suis donc mal occupée et cette fois-ci ça a commencé à remonter dans les reins. J’ai eu une fièvre incroyable (3 journées sans passer en dessous des 39,5C, à frôler les 41). Le SAMU est venu deux fois mais d’après eux j’étais en pleine forme ! J’ai appris à ce moment-là que tant que des marbrures n’apparaissent pas sur les ongles ou les genoux tout va bien même si on a une forte fièvre.

J’ai aussi appris que les anti-bio pris en conscience c’est bien.

Je me suis faite une belle frayeur car j’ai ensuite mis plusieurs jours avant d’arriver à penser normalement (j’étais carrément stone, au point de penser que la fièvre avait brulé mes neurones).

En 2013 j’ai tout quitté : copain, travail, famille, pays, pour faire le tour du monde (qui s’est rapidement arrêté au Brésil).

Une année après ma fameuse pyélonéphrite (l’infection urinaire qui était remontée jusqu’aux reins) je suis à nouveau tombée amoureuse et boum. L’infection urinaire, mon grand amour, est revenue dans ma vie. Une par mois au minimum. J’étais alors au Brésil, j’y ai découvert l’infusion de plantain, de barbe du mais, de la peau de l’ananas, des clous de girofle et l’huile de copaïba (en usage interne et externe).

J’ai commencé à étudier de plus près mes infections urinaires.

Parfois elles apparaissaient après un rapport sexuel, parfois juste après une dispute, parfois avec mes règles, parfois quand je prenais le bus (10h de voyage sans toilettes et donc sans boire)… J’ai aussi commencé à regarder du côté des significations : perte de repère, territoire, colère…

J’ai aussi entendu parler que les cystites pouvaient être liées à une alimentation trop acide, qu’il fallait manger des aliments alcalinisant, en général complets, peu de viande, peu d’alcool. Ou encore à cause d’une molécule du thé qu’elles ne supportent pas. Que des choses qui visiblement n’étaient pas la source du problème chez moi. De retour en France j’ai attaqué une cure intensive de canneberge qui cette fois-ci n’a eu aucun effet.

J’ai alors rencontré ma grande amie : l’huile essentielle de sarriette.

Si vous la connaissez elle est terrible (à prendre avec du citron, attention les HE sont très puissantes), une vraie bombe qui brule la bouche les lèvres, la gorge mais qui détruit tout (sus Escherichia coli, Proteus mirabilis, Klebsiella, etc…). Je suis aussi persuadée qu’elle m’a protégée du paludisme en Indonésie mais ça c’est une autre histoire. Finalement grâce à mes infections urinaires j’ai découvert l’aromathérapie. Un monde tellement merveilleux que je me suis même formée ! (mais ça aussi c’est une autre histoire !).

Je suis finalement arrivée à bout de ce seconde épisode de vie d’infections urinaires, mais peut-être aussi parce que mon histoire d’amour s’est elle aussi terminée.

Les émotions

J’ai remarqué que les hommes qui me perturbent le plus (positivement) me provoquent le plus d’infection urinaire.

Comme si la peur me submergeait, que je ne voulais pas les laisser entrer dans mon territoire…

Elles arrivent aussi lors de disputes quand je ne me sens pas respectée (et parfois ou souvent ce non-respect vient tout d’abord de moi-même). Finalement pour moi le lien avec les rapports sexuels est très faible contrairement à ce que je croyais au début. Une de mes dernières découverte est le lien avec la constipation (elle même liée à la difficulté de digérer certaines émotions, certains évènements).

Je me retrouve pas mal dans ce que Lise Bourbeau écrit à propos de la cystite (livre Ton corps dit aime-toi) : La personne souffrant d’infection urinaire vit beaucoup de frustration face aux émotions qu’elle vit. Cela la brûle que les autres ne s’apercoivent pas de ce qu’ils lui font vivre. […] Elle attend trop après les autres. Sa colère intérieure la brûle aussi.

Dernièrement...

Ma dernière infection remonte à il y a quinze jours. Je m’étais forcée (comme trop souvent) alors que j’étais exténuée au lieu de prendre du temps pour moi. Une infection a commencé, plutôt petite.

Tellement petite que je l’ai prise de haut, je ne l’ai que vaguement écoutée.

De l’eau, de la sarriette, du citron… Elle a afflué et reflué durant une dizaine de jours (jamais trop forte pour que je m’en inquiète, et parfois tellement faible que j’ai arrêté l’huile essentielle). Jusqu’à une nuit blanche où je me suis tordue de douleur toute la nuit. Exsangue, le matin je me suis ruée chez le docteur qui m’a envoyé faire des analyses.

Deux jours à boire de l’eau comme une névrotique pour attendre les résultats du labo (et les anti-bio, terrible Graal) sauf qu’une fois mon ordonnance en main les quatre pharmacies de mon faubourg étaient fermées (à 15h, cherchez l’erreur). Et je devais prendre un covoiturage qui m’a fait arriver à destination de nuit une fois les autres pharmacies fermées.

Le lendemain, j’allais carrément bien. J’étais dans un stage souffle voix profondément guérisseur. J’ai donc décidé de patienter et de prendre l’anti-bio si ça s’accentuait à nouveau (tout en continuant de boire comme une damnée).

Le dimanche matin au réveil tout allait bien.

En route pour mon stage, je me suis rendue compte que j’avais perdu ma voix (un fin stratagème pour ne pas chanter ce que je désirais le plus tout en le redoutant de manière presque panique). J’ai alors eu un moment de colère, de frustration envers moi-même.

Arrivée sur le lieu sur stage, aux toilettes… Elle était de retour !

J’ai respiré, je suis revenue sur mes émotions et au final tout s’est arrangé, l’anti-bio est resté dans ma trousse à pharmacie, c’est fou, non ?

Quoi qu’il en soit je sais que je dois observer mes infections urinaires. Que malgré ses drôles de tour, mon corps est mon plus grand ami et que tous ces signaux douloureux sont des messages pour me forcer à regarder la ou les vérités en face.

J’ai beaucoup écris, promis dans un prochain article je reviendrais plus en détails sur ce que j’ai retenu de mes différentes recherches !

Marion

Uterus blanc imprimé en 3D au creux d'une main avec une rose rouge

Mon avortement et moi

By | témoignage | 13 Comments

Mon avortement et moi

Ou comment j'ai pu ritualiser mon avortement et le vivre sereinement.

Un jour je me suis demandé quelles étaient mes deux plus grandes peurs en tant que femme.

Mon premier est d'être violée.

Combien d’hommes se sont déjà posé cette question ? Combien d’hommes ont déjà eu peur le soir en rentrant chez eux après une joyeuse soirée de se faire violer ? Au point de regretter d’être là dans la rue, dans le noir, de sentir son ventre se nouer d’appréhension. De se dire mais quelle idiote !

Mon second… De tomber enceinte, ou plutôt d’avorter.

Combien d’hommes ont déjà avorté ? Pourquoi n’existe-t-il pas de mot pour eux ? Quand je questionne mes amis, je ne sais pas comment l’exprimer. Car après avoir avorté, je me suis rendue compte que c’était déjà arrivé à bien plus d’amies et d’amis que je ne le pensais.

Uterus blanc imprimé en 3D avec une rose rouge
Uterus blanc imprimé en 3D au creux d'une main avec une rose rouge en bouton

J’ai avorté il y a deux ans.

Peut-être que je ne devrais pas vous le dire, qu’en lisant ces lignes vous déciderez de ne plus jamais venir sur ce site, de nous boycotter. Ou peut-être que non, même si vous êtes contre l’avortement.

Ou peut-être encore que vous vous reconnaîtrez dans mon histoire ou que vous vous projetterez à ma place.

Si il y a quelque chose de pire à dire que le fait d’avoir avorté, c’est de dire que pour moi ça a été une expérience positive. Oui ça a été triste, oui j’ai beaucoup pleuré, culpabilisé mais aujourd’hui je me sens plus sereine. C’est une épreuve qui m’a fait mûrir et surtout prendre conscience que je souhaite devenir maman un jour. C’est peut-être pour ça que je suis tombée enceinte, que j’ai inconsciemment fait cet écart.

Pour répondre à cette question angoissante que je me posais à la veille de ma trentaine : Est-ce que je veux oui ou non avoir des enfants ?

J’en étais pas sûre et le fait de ne pas savoir m’angoissait. Ça fait partie de mon caractère, j’aime les choses claires. Les situations claires même si ça fait parfois mal.

Bref retournons un peu en arrière.

Je travaillais sur un projet de film documentaire nommé lui aussi Rites de Femmes.

J’étais en train de filmer en Bretagne Lydia Vasquez, une magnifique femme, qui travaille sur le féminin sacré (FreeMoon), quand j’ai reçu l’email de M. qui avait soutenu ma campagne de crowdfunding sur Ulule :

Bonjour,

J’ai reçu votre mail [newsletter] aujourd’hui et j’apprends ce soir que je suis enceinte. […]
Je me dis que c’est peut être la vie qui me pousse à donner un autre regard sur l’avortement car plus que tout je ne souhaitais pas revivre cela (vécu il y a trois ans et demi)… mais lorsque je l’ai su ce soir, j’ai repensé à votre mail de tout à l’heure…

La première fois m’a été très difficile, quand je l’ai appris j’étais en voyage et ne pouvais faire aucune démarche, j’ai donc vécu avec cet embryon, comme une femme enceinte… et qui plus est, je me questionnais beaucoup quant au fait de le garder, c’était mon compagnon qui le refusait. Et je me sentais du même coup “rejetée”. […]

Mais j’ai mis 3 ans à faire le deuil de cet événement… Ce printemps… En plantant un arbre à l’endroit où j’avais déposé dans la terre le placenta. […]

Je suis jeune (23 ans) et pourtant dans mon entourage j’ai entendu tellement et tellement d’IVG, vécues de tellement de manières différentes… En catastrophe, en indifférence totale, ou en évènement merveilleux qui fait parti de la vie.

N’ayant pas du tout été soutenue la première fois par mon compagnon, j’avais beaucoup de “rage” et de colère… J’en ai tellement parlé à mon frère qu’il a compris l’importance du rôle de l’homme dans ce passage de la vie d’une femme… Ainsi, cet été, sa copine… a aussi avorté…

Du coup, il a fait des kilomètres pour venir la voir, lui a offert des fleurs et (je trouve ça très beau), a embrassé son ventre en signe de bienvenu, de respect et d’acceptation de la situation et de la vie qui se manifeste, sans pour autant souhaiter le garder. De son côté sa copine, était décidée dès le départ à ne pas le garder, elle a décidé “de lui parler” (à l’embryon), lui dire qu’elle l’aimait, et qu’il pouvait repartir tranquillement. Le lendemain de son IVG, elle a senti des sensations différentes, senti que c’était fini même énergiquement parlant (son père a fait du Reiki également)

[…] En tout cas, une femme sur huit à recours au moins une fois dans sa vie à une interruption de grossesse (avortementivg.com) soit 200 000 IVG en France… (sur le site du ministère les calculs statistiques sont différents et s’élèvent à une femme sur trois [https://ivg.gouv.fr/ et https://www.ined.fr)

Je pense que c’est une étape essentielle dans la vie de la plupart des femmes, si certaines IVG sont mal vécues, causent des dépressions, ne sont pas “réglées”, d’autres sont une source de “joie” si je puis dire ainsi et participent au chaos de la vie. Car l’avortement est en fait un processus naturel. Dans la nature, les animaux aussi avortent, j’avais lu d’ailleurs dans un ouvrage de Marcel Pagnol que les chèvres connaissaient une plante abortive et la mangeaient quand elles sentaient leur petit mal formé ou non désiré…

[…] Si je dois recommencer ce processus et bien soit… Et je me propose volontaire pour participer à votre documentaire…

J’en avais des frissons, c’était tellement beau de sa part de me faire confiance et de vouloir offrir ce cadeau aux femmes ! À travers mon film, je voulais parler des rites de passages féminins pour parler des tabou liés notamment aux règles et à la ménopause mais l’avortement l’est tellement plus que :

Je n’avais même pas imaginé, pensé une seule seconde au fait que l’on puisse faire un rituel pour celui-ci. Pour le marquer. Marquer cette étape, ce passage dans la vie d’une femme.

Uterus blanc imprimé en 3D avec le coeur d'une rose entouré de pétales rouges

Une dizaine de jours plus tard je suis allée filmer M. et son compagnon R. Il y avait tellement d’amour. Elle n’avait pas pu le faire à la maison, elle avait dû le faire à l’hôpital mais cette fois-ci R. l’avait accompagné.

Ils s’étaient enfermés dans les toilettes afin de se mettre nus, peau contre peau et d’accoucher l’embryon en faisant des position de yoga, d’accouchement naturel.

Ils avaient trouvé choquante l’idée de jeter dans les toilettes ce qu’elle avait expulsé et avaient recueilli le sang et les cellules. Ils l’ont enterré près d’un dolmen, avec un petit mot, une bougie et un rosier.

Finalement grâce à ce second avortement qu’elle ne voulait surtout plus revivre M. avait senti la blessure du premier se refermer.

Le lendemain de ce rituel, j’étais déjà à l’autre bout de la France en train de filmer un rituel de la ménopause. Toute la journée des femmes disaient au revoir en pleurant à la femme féconde qu’elles avaient été.

Le soir j’ai rêvé que j’allais à l’hôpital pour un mal de dos (que je traine depuis quelques années) et que la secrétaire me répliquait d’une voix aigre : “ pour les femmes enceintes ce n’est pas ici, c’est au premier étage”.

Réveillée en sursaut, le coeur battant, j’ai découvert que mes seins étaient lourds. J’étais enceinte, je ne m’y attendais pas mais je l’ai de suite su.

Sur la route du retour, quelque part entre la Bretagne et Toulouse je devais m’arrêter pour dormir chez une amie que je n’avais pas vu depuis trois ans. Vu l’état dans lequel je me trouvais, j’ai trouvé plus sain de rester sur cette idée, de ne pas faire toute la route d’une traite. Presque juste après m’avoir ouvert la porte, elle m’a annoncé les larmes aux yeux qu’elle essayait de tomber enceinte et qu’elle venait d’avoir ses règles. Et moi de m’effondrer en pleurs car justement ce matin-là, je ne les avais pas eu. Elle avait un test qu’elle s’était promis de n’utiliser que s’il devait être positif. Ce fut le cas pour moi.

Les danses contraceptives

C’était un cauchemar, j’avais honte, je me sentais coupable. Ça pouvait arriver à tout le monde sauf à moi.

Ce n’était pas possible, je ne pouvais pas être enceinte, j’avais envie de disparaître. J’avais rendez-vous dans la semaine avec une professeur de Yoga (que je remercie de tout cœur) qui enseignait les danses contraceptives pour mon documentaire. Je lui ai dit d’oublier le film, que j’étais enceinte. Un ami est venu me filmer lorsqu’elle m’a enseigné les mouvements. Après l’acte de M. je me sentais en quelque sorte responsable, “obligée” d’offrir moi aussi mon expérience aux autres (sachant que bien entendu les choix narratifs se feraient au montage du film). Après avoir esquissé les premiers pas je me suis directement mise à saigner et à pleurer (lire l’article sur les danses de la contraception). À partir de ce moment-là le cauchemar a pris fin car j’ai repris d’une certaine manière un contrôle sur moi-même, sur ma vie, mon corps. J’ai fait cette danse pendant trois jours (accompagnée d’une infusion que je me préparais). Pendant que je dansais et que je méditais, je me connectais au bébé. Sais-ton jamais, on ne sait pas quand est-ce que l’âme vient. Je lui envoyais de l’amour et lui expliquait pourquoi je ne pouvais pas le garder, que ce n‘était pas de sa faute. J’essayais d’être là avec lui. À la fin des trois journées, je saignais toujours mais pas “à flots”. C’était le dernier jour pour faire une IVG par voie médicamenteuse, à la maison. Sinon, si ça ne marchait pas “naturellement” je devrais me rendre à l’hôpital. Ça a été dur. S’il partait naturellement cela me déculpabilisait. C’est que c’était naturel, dans l’ordre des choses en quelque sorte. Mais… J’ai décidé que le plus important pour moi était tout de même d’avorter et de le faire à la maison. Quand j’ai pris le premier cachet (qui coupe les hormones) les pleurs, la culpabilité, m’ont à nouveau submergés.

Uterus blanc imprimé en 3D au creux d'une mainavec une rose rouge qui dessine une trainée de sang

Le papa...

J’étais triste car dans un sens je savais que j’aurais pu le garder. Je suis quelqu’un de stable psychologiquement (enfin je crois!), financièrement c’est la galère (RSA, Intermittence) mais pas non plus la misère, et le papa bien qu’il n’y en ai pas… J’aurais pu l’élever sans papa.

Le papa, petite parenthèse, était une très belle rencontre malheureusement trop lointaine géographiquement pour construire quoi ce que ce soit (sans même parler d’enfants !).

Je l’avais appelé dès que je l’avais su et il avait eu les mots juste pour m’accompagner du mieux qu’il pouvait malgré la distance. Je lui serais toujours reconnaissante d’avoir repris mes “je” pour les remplacer par le “nous”.

Ceci dit,  je crois que je me suis sentie encore plus honteuse d’être tombée enceinte “d’un amant”. Moi qui pensais être une femme libérée…

Bref j’étais incroyablement triste car je faisais ce choix car j’avais avant tout besoin d’abord de me réaliser. En tant que réalisatrice (c’est un comble !) de film documentaires. De vivre cette expérience pleinement avant de devenir maman pour pouvoir être pleinement maman justement. Et je sentais que je voulais l’être ! Maman ! Et j’espère bien que je le serais un jour. Reste cette question insidieuse, méchante, qui vient faire mal :

Et si ma punition, mon châtiment divin,  c’est de ne plus jamais réussir de nouveau à être enceinte ? Sans parler de rencontrer le prince charmant !

Deux jours plus tard une amie est venue filmer un petit rituel que j’ai fait lorsque j’ai à mon tour enterré mon bébé. Un quart d’heure plus tard alors que nous buvions un thé j’ai reçu un email du CNC (Centre National du Cinéma) : j’avais gagné une subvention pour mon projet de film !

Aujourd'hui

Je suis infiniment reconnaissante à la vie qui m’a montrée la voie et accompagnée durant tout ce processus mais aussi chaque jour. Je crois, du point de vue de mon expérience qu’il est vraiment important de pouvoir vivre le deuil de l’avortement, chacun à sa manière (vous pouvez lire notre manifeste ici sur notre position vis à vis des rituels et de l’écologie féminine). Que ce n’est malgré tout pas si anodin que ça et que tout serait tellement plus simple et plus beau si les femmes pouvaient être accompagnée dans l’amour.

Marion