« C’est un peu étrange quand même ! Ça voudrait dire par exemple que si l’on souffre de tensions cervicales, on pourrait avoir des troubles digestifs, comme des ballonnements ou des reflux gastriques, et que tout cela est lié ? »
OUI. Ça peut sembler fou, mais c’est pourtant une réalité.
Personnellement, j’en ai fait l’expérience de manière très concrète. Pendant une longue période, j’ai eu des ballonnements à chaque aliment ingéré — des symptômes traînés pendant des années malgré une excellente hygiène de vie, au point que j’avais fini par me résigner.
Tout a basculé le jour où j’ai entrepris un travail en profondeur sur la zone du cou grâce à la méthode MDB, une gymnastique sensorielle qui permet de mobiliser les fascias. Ce travail très fin m’a offert une détente des tensions et une libération des tissus figés que je n’aurais pas cru possibles.
Au début, j’étais perplexe. Je ne voyais aucun lien entre mon cou et ma digestion. Et puis, de nombreux éléments de mon parcours dans les pratiques somatiques se sont assemblés. Ça a fait tilt, provoquant une puissante prise de conscience, tant dans ma relation à moi-même que dans ma trajectoire de pédagogue somatique.
Spoiler alert : J’ai réalisé que mes troubles digestifs ne venaient ni des aliments, ni de la défaillance d’un organe digestif. Ce n’étaient que des conséquences, pas la cause ! La vraie source de ces inconforts, c’était l’état de mon système nerveux — et plus particulièrement de mon système nerveux autonome.
Quand le système nerveux autonome s’en mêle
Le système nerveux autonome (composé des branches sympathique et parasympathique) gère toutes nos fonctions vitales, dont la digestion.
À partir de ce constat, j’ai changé mon sujet d’attention au quotidien. Au lieu de focaliser sur ce que je devais manger pour espérer calmer mon ventre, j’ai commencé à observer mon système nerveux.
Une parenthèse s’impose : j’ai vite découvert que j’étais bien peu outillée pour cela ! Comment observer son propre système nerveux ? Comment savoir s’il est équilibré ? Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire de sentir son système nerveux autonome, sachant qu’il gère des fonctions inconscientes ?
J’ai senti que je touchais là à un vaste chantier d’exploration. Depuis cette époque, je n’ai pas cessé de l’étudier sous toutes les coutures. Cela a profondément modifié ma façon de pratiquer pour moi-même, de transmettre aux autres, et a donné à ma vie professionnelle une direction totalement inattendue.
Revenons-en à notre cou et au « pourquoi du comment ». Pourquoi cette zone a-t-elle eu un tel impact sur mes inconfortables ballonnements ?
Un peu d’anatomie : le voyage des nerfs à travers le cou
Pour visualiser ce mystérieux fonctionnement, faisons un petit détour par l’anatomie :
- Le système sympathique : Les nerfs qui le composent naissent dans le cerveau, sortent par la colonne vertébrale (dans la moelle épinière) et descendent vers le tronc pour irriguer les organes. Au niveau du cou, ils circulent donc au cœur de la colonne cervicale.
- Le système parasympathique : Le nerf vague et ses multiples ramifications empruntent un autre chemin. À leur sortie du crâne, ils traversent directement les tissus mous du cou, faits de multiples couches de muscles et de fascias.
- Le nerf phrénique : Il prend également naissance dans le crâne et innerve le diaphragme, notre muscle respiratoire principal. Lui aussi chemine à travers les couches cervicales de muscles et de fascias.
Ce qui se passe lorsque tout est fluide
Si nos vertèbres cervicales et nos articulations crâniennes sont libres et mobiles, et si les fascias gardent leur juste tonus, le passage des nerfs du crâne vers le thorax se fait sans encombre.
Ce qui se passe en cas de tensions
Mais si ce n’est pas le cas :
- La compression : Les contractures cervicales risquent de pincer, étirer ou comprimer les nerfs qui traversent la zone.
- Le contrecoup à distance : Lorsqu’un nerf est malmené, ce n’est pas au niveau du nerf lui-même qu’on ressent la douleur, mais dans tout le territoire dont il a la charge.
Si le nerf commande un organe (comme l’estomac ou l’intestin), c’est l’organe qui s’affole : une production excessive ou insuffisante d’acides, un transit ralenti ou accéléré, des spasmes ou des fermentations. Si le nerf commande un muscle — comme notre diaphragme —, c’est toute la mécanique respiratoire qui se crispe, impactant par la même occasion les organes situés juste au-dessus et juste au-dessous.
En résumé, les tensions de la nuque pèsent lourd sur notre équilibre interne :
- Directement, en perturbant les portions des nerfs sympathiques et parasympathiques qui traversent le cou.
- Directement, en contraignant le nerf phrénique et en créant une tension permanente du diaphragme.
- Indirectement, parce que ce diaphragme tendu devient à son tour un obstacle pour les nerfs qui le traversent lors de leur descente vers le ventre.
La complexité de nos tensions : une histoire d’apprivoisement
Prends le temps de souffler. C’est tout à fait normal de ne pas tout saisir du premier coup : ce sont de multiples pièces de puzzle à assembler. Si besoin, défocalise ton attention, pose la lecture et reviens-y plus tard. Le pont entre le concept et le ressenti se fera naturellement.
Je voudrais ajouter un dernier mot sur la difficulté que nous avons parfois à percevoir nos propres tensions. Notre région cou-nuque-tête (qui englobe le visage, la mâchoire, la langue ou les yeux) porte souvent des cuirasses installées dès l’enfance. Nous nous y sommes habituées au point de nous y identifier : c’est notre « normalité ».
Faire évoluer nos capacités proprioceptives sur cette zone demande donc du temps, de la curiosité, de la patience et beaucoup de bienveillance.
C’est précisément toute la beauté de l’approche somatique : aller à la rencontre de notre matière vivante sans forcer, avec respect.


